Biomasse ou biomascarade ?

La municipalité d’Orléans se félicite à longueur de colonnes de son magasine auto-promotionnel « Orléans mag » de mars 21012, de la mise en œuvre de la future centrale « biomasse » à La Source.

On peut y lire, entre autres, les déclarations apologétiques du maire ou de ses adjoints pour lesquels « Grâce à la mise en place (des nouveaux) équipements, nous allons réduire de près de 12% les émissions de gaz à effet de serre et baisser la facture des abonnés ».

Mais au fait, quand on parle de biomasse ou de centrale à bois, de quoi parle-t-on vraiment ?

La biomasse est la matière organique (bois, paille…).

L’énergie tirée de la biomasse est considérée comme une énergie renouvelable et soutenable tant qu’il n’y a pas de surexploitation de la ressource, mise en péril de la fertilité du sol, tant qu’il n’y a pas de compétition excessive d’usages (des terres arables, de l’eau), ni d’impacts excessifs sur la biodiversité.

L’énergie chimique du bois est libérée par combustion sous forme de chaleur et utilisée directement pour le chauffage ou pour produire de l’électricité.

De plus, bien que présentant de nombreux avantages écologiques et en termes de développement local, elle peut aussi être polluante(CO, CO2, fumées, goudrons) si mal utilisée ou si la biomasse traitée est elle-même polluée par des métaux lourds, des radionucléides ou autres.

Mais la solution de valorisation de la biomasse peut aussi présenter d’autres inconvénients :

  • Les coûts et impacts du transport pour amener le bois là où la ressource manque. Dans le projet Sourcien, l’enquête publique évoque une collecte du bois ou de ses dérivés, dans un périmètre de 150 km !
  • Le risque de contribution à la déforestation ou à une surexploitation des forêts.
  • Les problèmes de pollution atmosphérique induits par la combustion mal maîtrisée du bois (particulièrement en zone d’habitat rapproché).

une nouvelle et élégante architecture sourcienne

Plus grave encore, les questions posées par Greenpeace en novembre 2011, dans le cadre d’une étude au titre provocateur « De biomasse à biomascarade ».

On y réclame non seulement un moratoire sur les nouveaux projets de biomasse, mais aussi une révision des projets existants, entre autres.

Étayé de données scientifiques, ce rapport conclut à une absence quasi totale d’avantages dans l’utilisation de la biomasse forestière sur une base industrielle, et à un impact négatif majeur tant sur l’écologie des milieux forestiers que sur la production des gaz à effet de serre.

« Brûler ce bois va se trouver à libérer de grandes quantités de carbone dans l’atmosphère et à accélérer les changements climatiques pour les décennies à venir », a expliqué l’auteur du rapport, le biologiste Nicolas Mainville.

« C’est dommage d’entendre les promoteurs de la biomasse décrire cette source d’énergie comme étant une énergie propre quand, en fait, brûler du bois c’est un peu un retour à l’âge de pierre en termes de qualité d’énergie », ajoute-t-il.

Un nouveau rapport paru en février 2012 confirme la dénonciation de la « biomascarade » en déclarant que « brûler des forêts pour l’énergie menace le climat ».

L’étude produite par le Biomass Energy Resource Center des États-Unis montre de plus que l’augmentation de la demande pour la biomasse entraîne une utilisation croissante des arbres debout plutôt que des résidus industriels, ce qui accentue davantage les impacts de cette pratique sur le climat et les forêts.

Mais, me direz-vous, nous n’en sommes encore probablement pas là à La Source !

Certes, mais la lecture attentive des conclusions de l’enquête publique réalisée l’été dernier nous invite à une certaine vigilance.

On y lit en effet :

  • le projet occupera une superficie de près de 10.000 m2 et les bâtiments, 2.300 m2
  • la hauteur des bâtiments sera de 28m (pour une hauteur maxi fixée par le règlement local de 15m) et la cheminée culminera à 33 m
  • pour la livraison de la biomasse, l’accès à la centrale sera essentiellement assuré par l’ex Rn 20 et par l’avenue de Concyr, pour un trafic de l’ordre de 25 camions de 90 m3 par jour
  • l’impact sur l’air identifie des rejets, poussières et rejets gazeux. Des mesures en continu seront effectuées sur les composés NOx, SO2, CO, O2 et sur les poussières. Une mesure de HC1 et d’HF sera effectuée tous les 2 ans. Dans les observations portées sur l’enquête publique, une mention regrette que les mesures ne prennent pas en compte la réalité du cumul des gaz ou poussières dispersés sur la zone de mesure. C’est pourtant ce cumul qui affectera les populations !
  • une simulation des dispersions des gaz dans l’atmosphère a été réalisée sur un domaine de 8 km X 8 km autour du site (ce qui correspond au « cône de pollution » potentiel de la future centrale … autrement toute la Source est concernée, ainsi que St Cyr en Val)

De plus, l’enquête n’évoque pas le risque économique qui pourrait rapidement atténuer l’avantage tarifaire affiché aujourd’hui par la solution Biomasse à La Source. Certes, les charges de chauffage vont diminuer dans un premier temps, comme s’en félicite M. Ricoud.

Mais attention, d’une part à l’effet « solde » de l’affichage des tarifs annoncés. Les charges de chauffage ont tellement augmentées ces dernières années, que les tarifs pratiqués par l’énergie issue de la biomasse paraissent beaucoup plus avantageux … quand ils ne sont qu’un retour à des prix normaux !

D’autre part, les prix qui seront proposés dans un premier temps pourraient rapidement connaître des évolutions à la hausse … au motif de la raréfaction de la ressources proche (les forêts solognotes), et/ou le coût du transport, affecté par la hausse des prix du carburant consommé par les poids lourds assurant l’alimentation des fours …

ça, c’est le principe de la géothermie

Autrement dit, Sourciens, restons vigilants, et regrettons encore une fois, le peu d’intérêt manifesté par la municipalité pour l’autre source d’énergie disponible sous nos pieds : la géothermie, dont le Brgm nous dit qu’elle est ici réellement exploitable.

Rappelons qu’il y eut bien peu de défenseurs de cette cause, y compris au sein de l’opposition municipale : une élue écolo qui a depuis démissionné du Conseil municipal et l’élue socialiste de La Source.

Un grand silence « frisé »de la part des autres représentants de l’opposition municipale socialistes, communistes et vert sur le sujet. Dommage !

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