Jean Zay : le visionnaire

 

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Grand résistant, du fond du cachot où l’avait jeté le régime de Vichy,  premier ministre de l’éducation nationale et des beaux arts en 1936, Jean Zay entrera au Panthéon en mai 2015.

Il sera accompagné de 3 autres grandes figures de la résistance : Germaine Tillon, Geneviève Anthonioz De Gaulle et Pierre Brossolette.

Né à Orléans en 1904, élu à 27 ans député du Loiret, sa carrière politique fut à la fois fulgurante et extraordinairement prolifique. La France lui doit de très nombreuses et opportunes réformes du système scolaire (dont l’enseignement obligatoire jusqu’à 14 ans, les classes vertes et les centres aérés, …), mais aussi la création du Cnrs, des Crous, des bibliobus, de l’Ena, du Musée national des arts et traditions populaires et du festival de Cannes. Excusez nous du peu… et tout cela en 3 ans de ministère.

L’association Jean Zay au Panthéon qui compte de nombreux membres locaux,  a souhaité rendre un hommage appuyé à la mémoire de cet illustre orléanais (peut-être le plus illustre de tous).

Une très remarquable conférence s’est ainsi tenue au Centre universitaire international (ex Hôtel Dupanloup… clin d’œil de l’histoire ?) vendredi 16 mai.

Jean-Pierre Sueur, Jean-Michel Quillardet (président de l’association Jean Zay au Panthéon), Gérard Boulanger (avocat et essayiste, auteur de « L’affaire Jean Zay, la République assassinée », Daniel Keller (Grand Maître du Grand Orient de France) et les fille de Jean Zay (Catherine et Hélène) on permis au très nombreux auditoire de mieux comprendre les raisons de l’acharnement des forces réactionnaires et fascistes contre ce grand homme, jusqu’à l’assassiner le 20 juin 1944 (deux semaines après le débarquement des Alliés en Normandie) afin qu’il ne puisse ni témoigner ni participer au retour de la démocratie et de la République en France, lui qui en fut l’un des plus grand serviteurs.

L’occasion était bonne de relire quelques lignes de son ouvrage essentiel, « Souvenirs  et Solitude », écrit du fond de sa cellule, et de tomber sur ces lignes prophétiques et étonnamment présentes, dont pourrait s’inspirer celui à qui il doit désormais la reconnaissance de la Patrie, nous voulons bien sur parler du Président de la République François Hollande.

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Monsieur le Président, écoutez bien ce que disait Jean Zay le 17 janvier 1941 :

« Militaires et inspecteurs des finances jouent les premiers rôles en France depuis six mois. Ce sont eux qui ont préparé et organisé ce qu’on appelle sans grande conviction « la révolution nationale ».

Ce n’est pas la première fois dans notre histoire que des militaires ont perdu une guerre par leur impréparation et leur manque d’imagination. Mais c’est la première fois sans doute qu’en sanction du désastre, ils s’emparent du pouvoir. La République a souvent craint la dictature des généraux vainqueurs. Elle n’avait pas songé à redouter celles des généraux vaincus.

Quant à l’inspection des Finances, sa responsabilité dans nos malheurs, pour être tout autre, moins apparente, n’en est pas moins certaine.

Quand on étudiera les causes de notre impréparation militaire et la décrépitude du gouvernement parlementaire, tel qu’il fonctionnait depuis quelques années, il faudra inscrire en bonne place l’orthodoxie financière.

De 1932 à 1940 – je parle de ce que j’ai vu -, au milieu de tant de débats désordonnés, il y eut un sujet « tabou » : le libéralisme monétaire et financier; et une discussion interdite : celle du contrôle des changes.

Vous pouviez librement couvrir de boue le chef de l’état et ses ministres, nier effrontément nos engagements internationaux les plus évidents, (…) Mais il était défendu de critiquer la mystique de l’équilibre budgétaire,  sous peine d’être considéré comme un traître et accusé de provoquer des catastrophes.

Une puissante cohorte veillait jalousement sur le respect de la sainte orthodoxie : au premier rang, se distinguaient la presse et ses chroniqueurs spécialisés, les économistes, les banquiers, les partis conservateurs. Mais derrière ces troupes de choc, se dessinait toujours la toute-puissance inspection des Finances.

Le premier résultat de cet état de chose a été la paralysie gouvernementale. Par crainte de compromettre l’équilibre budgétaire – cet idéal constamment entrevu, jamais atteint-, il était devenu impossible de réaliser la moindre réforme, de faire aboutir la plus petite innovation. Devant tout projet, se dressait comme un mur le « non possumus » du directeur du Budget, retranché rue de Rivoli dans son blockhaus de papier, armé de ses additions et de ses statistiques.

(…) Aujourd’hui, les inspecteurs des Finances, anciens directeurs du Budget, qui furent les principaux responsables de notre politique monétaire d’avant-guerre, sont devenus eux-mêmes ministres des Finances ou éminences grises du nouveau pouvoir. »

 

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A lire sur http://www.cinehistoire.fr/jean-zay-loublie-de-la-republique/

Jean Zay, l’oublié de la République

Jean Zay, l’oublié de la République

Ciné Histoire a reçu en juin dernier, le prix des Amis de Jean Zay. L’association fidèle à sa tradition de remettre en lumière des personnages et des événements méconnus , avait consacré en 2012, deux séances au ministre du Front Populaire trop tôt disparu à 39 ans !

La première, avec un film de C. Bernstein et D. Missika, Jean Zay , un crime français, puis une journée entière autour de l’histoire du Massilia où s’embarquèrent en juin 40 Jean Zay, son ami Pierre Mendès France et 25 parlementaires qui voulaient continuer la lutte en Afrique du Nord.

Arrivés à Casablanca, Jean Zay est arrêté pour désertion.  Son procès a lieu le 4 octobre à Riom et il est condamné à la déportation à vie (cette condamnation visait à rappeler celle d’Alfred Dreyfus).

En fait interné pendant 4 ans à Riom , il est extrait de sa prison en juin 1944 par la Milice, qui, sous prétexte d’un transfert, l’assassine dans un bois,  jette son corps dans un puits, et y lance des grenades pour qu’il ne puisse être identifié. Son corps ne sera retrouvé par hasard, qu’en septembre 1946 par des chasseurs, et exhumé en 1948 pour identification.

Député à 28 ans, ministre de l’Education nationale et des Beaux Arts à 32 ans, Jean Zay a eu de multiples initiatives qui ont marqué son passage, qu’on ne peut toutes citer ici ! Entre autres, l’allongement de la scolarité obligatoire, la visite médicale scolaire, les bibliobus. Avec Irene Joliot Curie, il prépare la création du Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Il avait eu l’idée d’une Ecole d’administration (qui n’avait pas abouti) et celle du festival de Cannes pour répliquer à la Mostra de Venise de l’Italie fasciste. La première édition aurait du avoir lieu en septembre 1939 mais la déclaration de guerre l’avait annulée

A voir
Jean Zay Un crime français de Catherine Bernstein et Dominique Missika.
Le piège du Massilia de Virginie Linhart.

A lire
Souvenirs et solitude (écrits en prison) Jean Zay (plusieurs éditions et poche)
Jean Zay l’inconnu de la République, O. Loubes (Armand Colin 2012).
L’affaire Jean Zay, une mémoire assassinée, G. Boulanger (Calmann-Levy 2013).

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