Lutte contre les filières jihadistes : le rapport sans concession du Sénat

Article paru dans Libération du 8 avril 2015

Une commission d’enquête sénatoriale livre 110 propositions pour mieux lutter contre le phénomène de radicalisation

« C’est un travail colossal auquel s’est attelée la commission d’enquête sénatoriale sur les filières jihadistes. Depuis le mois d’octobre, elle a auditionné une cinquantaine de personnes : ministres, pontes du renseignement et de l’antiterrorisme, chercheurs. Le bilan de ce travail tient dans un rapport de 440 pages, dévoilé ce mercredi. Cette plongée dans les phénomènes de radicalisation jihadiste prend une acuité particulière, trois mois après les attentats des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly. Constatant d’importantes lacunes, tant dans la prévention que dans la lutte contre les réseaux terroristes, les sénateurs formulent 110 propositions. Jean-Pierre Sueur, rapporteur de la commission et sénateur socialiste du Loiret, juge ce boulot indispensable. « Cette affaire va durer longtemps. Les problèmes sont profonds et se développent énormément. On n’aura pas éradiqué ce phénomène en un an. »

En préambule, les sénateurs soulignent le « caractère relativement tardif » des actions de prévention de la radicalisation. Jean-Pierre Sueur évoque même une « conception assez simpliste » des actions de « déradicalisation » actuellement menées en France. La commission préconise donc de « mettre en place des actions obligatoires de formation à la détection de la radicalisation à destination de tous les acteurs de terrain » (personnels enseignants, conseillers d’éducation, éducateurs, magistrats en charge des affaires familiales, etc.).

Elle souhaite « renforcer très sensiblement » les moyens de la plateforme d’appel ouverte aux familles souhaitant signaler un cas de radicalisation. « Il faut qu’elle soit ouverte 24 heures sur 24 et pas seulement de 9 heures à 18 heures », explique le sénateur Sueur. Qui recommande également que la structure soit détachée du ministère de l’Intérieur. « Pas mal de gens sont prêts à appeler, mais ils ne veulent pas trouver la police au bout du fil. » Même raisonnement concernant le contre-discours à opposer à la propagande jihadiste : il ne peut être efficace que s’il est assumé par la « société civile » et « non seulement par le pouvoir exécutif ». Jean-Pierre Sueur illustre : « Un vrai repenti est plus efficace dans le contre-discours. »

Le renseignement pénitentiaire délaissé

Le rapport porte aussi un regard acéré sur les services de renseignement. « Notre dispositif doit s’adapter », écrivent les sénateurs. « Il semble difficile de nier que les problèmes rencontrés par le renseignement territorial, véritable parent pauvre de la réforme de 2008, se sont révélés comme étant de réels handicaps dès lors que la menace ne résidait plus dans quelques organisations terroristes dûment identifiées et surveillées mais dans des milieux beaucoup plus larges et diffus. » Le document parle d’une coordination « perfectible » entre les services de l’antiterrorisme, notamment entre la DGSI, la SDAT, et le SCRT (une partie des ex-renseignements généraux), qui « sont rapidement arrivés aux limites de leurs capacités humaines et techniques ». Jean-Pierre Sueur enfonce le clou : « Le véritable problème, c’est la concurrence que se livrent les services. Les informations circulent très mal entre la base et le sommet de la pyramide. » De ce fait, les sénateurs préconisent notamment de donner à l’Uclat (Unité de coordination de la lutte antiterroriste) un statut interministériel et de créer un fichier des personnes condamnées pour actes de terrorisme.

Un effort important doit aussi être fourni dans les prisons. « Il est clair qu’elles sont un lieu de radicalisation, c’est là où la corrélation est la plus sûre », confie Jean-Pierre Sueur. Mais le service de renseignement pénitentiaire (EMS3) est notablement sous-dimensionné. Le bureau parisien ne compte que treize agents. « A Fleury-Mérogis, la plus grande prison d’Europe, il n’y a que deux agents : un seul spécialiste et un gardien », abonde Jean-Pierre Sueur. Les sénateurs recommandent la création de 100 postes très rapidement dans ce service.

http://stop-djihadisme.gouv.fr/

Ils suggèrent aussi de « mettre en place un programme de suivi des condamnés pour terrorisme débutant six mois avant la sortie de prison et s’étendant durant au moins deux ans après la fin de l’incarcération ». Le regroupement des détenus prosélytes doit être réalisé avec davantage de discernement, « dans la limite de 10 à 15 personnes, pour permettre une prise en charge individualisée et adéquate ».

Enfin, parmi les propositions pour « tarir le financement du terrorisme », la commission propose aussi de « doubler les effectifs de Tracfin affectés à la lutte contre le financement du terrorisme ». »

SOURCE DE L’ARTICLE

Rapport sénatorial sur la lutte contre les filières jihadistes

 

Poster un commentaire

Classé dans La Source

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s