Jean Zay : la vie, en grec

Athènes, avril 1937

« Athènes fêtait en avril 1937 le centenaire de son Université ».*

La France, parmi d’autres nations européennes, est invitée à participer à cette commémoration, et particulièrement son jeune et brillant ministre de l’éducation nationale, Jean Zay. Il a 33 ans et préside depuis un an aux destinées du ministère de l’Éducation nationale et des Beaux-arts.

Le royaume de Grèce, sous la faible autorité du roi Georges 2, est gouverné depuis un an aussi, par un général autoritaire, Ionnis Metaxas, dont les sympathies vont plutôt à l’Allemagne nazie et à l’Italie fasciste.

Metaxas en 1938

Néanmoins, sous l’insistance du milieu universitaire grecque, profondément francophile, le jeune ministre du Front Populaire a été personnellement et officiellement convié aux manifestations.

Image illustrative de l'article Georges II de Grèce

Georges II de Grèce

La délégation française sera, plus que toutes les autres, accueillie avec enthousiasme tout au long de son séjour, et dans toute la Grèce.

photo-14Le souvenir de Jean Zay dans la vitrine de l’Université d’Athènes

Entouré de conseillers de grande valeur, Hubert Pernot, professeur à la Sorbonne et Merlier de l’Institut français d’Athènes, Jean Zay se révèle un brillant diplomate, qui obtiendra même l’autorisation « amusée » de Metaxas**, pour aller assister au « meeting » organisé par les étudiants athéniens, dans la salle du Parnasse. Ils sont des milliers qui l’attendent et qui entonnent la Marseillaise à son arrivée. Certains, considérés comme les organisateurs de cette manifestation, seront par la suite arrêtés…

Il faut dire que dans une Grèce, qui est déjà sous le joug d’un dictateur fascisant, la République française, le Front populaire et la jeunesse de Jean Zay, représentent plus qu’un espoir de liberté. C’est aussi celui d’une démocratie à reconquérir. Le peuple d’Athènes qui en avait été l’inventeur quelques milliers d’années auparavant ne devait, en fait, la retrouver que beaucoup, beaucoup plus tard… à la fin du XXème siècle, mais cela, en ce mois d’avril 1937, on ne le savait pas encore.

Quelques jours avant l’arrivée de Jean Zay à Athènes, le ministre de l’éducation du Reich, Rust, qui avait été reçu avec tous les honneurs par le gouvernement grec n’avait pas suscité une telle sympathie. C’est peut-être la raison pour laquelle il avait préféré rester ensuite enfermé dans sa chambre d’hôtel, pendant toute la visite de la délégation française, laissant à l’un de ses collaborateurs, le soin de la suivre à la trace et de surenchérir à toutes les propositions françaises. Lorsque Jean Zay promis d’offrir 1.000 ouvrages à la bibliothèque universitaire d’Athènes, le délégué allemand en promis aussitôt 10.000, ce qui fut ressenti comme un véritable affront. Les Grecs sont un peuple fier, dont on n’achète pas la sympathie avec des présents de circonstance…

A l’occasion de son voyage en Grèce de ce mois d’avril 1937, Jean Zay pris à la fois conscience de la puissance du « Désir de France » du peuple grec, exprimé par son intelligentsia francophile, et de la nécessité d’y répondre immédiatement par des mots et des actes forts.

Alors que notre monde politique contemporain se caractérise si bien par la vacuité de son discours, l’insignifiance de ses actions concrètes, et l’irrésolution de ses promesses, le jeune ministre du Front populaire sut, en peu de mots, avec des actions simples et rapidement suivies d’effet, répondre aux aspirations exprimées.

photo-15Le discours de Jean Zay au centenaire de l’Université d’Athènes, dans la vitrine du musée

Il ne pouvait pas décevoir ce « Désir de France ».

Il décida sans délai de multiplier par deux le nombre d’étudiants boursiers grecs accueillis par la France et surtout de garantir l’objectivité du choix des candidats retenus, avec la mise en place d’un jury de qualité et respecté… et jusqu’à Erasmus, c’est ce dispositif qui s’est appliqué aux relations universitaires franco-grecques. C’est grâce à cet accord que de nombreux intellectuels grecs ont pu rejoindre la France pendant la dictature des colonels plusieurs dizaines d’années plus tard.

Il prendra d’autres engagements pour faciliter les échanges universitaires entre la France et la Grèce, et l’indépendance de l’Institut français d’Athènes, … toujours en vigueur aujourd’hui.

Et cela, les grecs, et particulièrement le monde universitaire grec, ne l’ont jamais oublié.

C’est pour le célébrer que l’Université d’Athènes a organisé le 12 mai dernier, dans ses prestigieux locaux au pied de l’Acropole, une commémoration remarquable, à laquelle étaient invitées les deux filles de Jean Zay, Hélène et Catherine.

photo-12

Elles n’étaient pas les seuls orléanais de la soirée, puisque l’un des pingouins sourciens s’était glissé dans la foule des invités.

L’hommage qui a été rendu à Jean Zay a été splendide, sincère et émouvant. Les universitaires qui s’y sont exprimés***, tous en français bien sûr, ont raconté une histoire, leur histoire, marqué par le passage fugace d’un grand homme. Cette fugacité qui caractérise la carrière de Jean Zay, et dont tant de témoignages encore soulignent pourtant l’importance pour l’Histoire.

photo-11Hélène Mouchard-Zay avec un universitaire grec

Avec l’entrée de Jean Zay au Panthéon, le 27 mai 2015, c’est un peu de la Grèce qui rejoint la mémoire de la France.

photo-13Catherine Martin-Zay avec le professeur Nicos C. Alivinatos. La mère de ce professeur, 103 ans aujourd’hui, était présente à la salle du Parnasse pour l’accueil de Jean Zay en 1937.

Jean Zay avait été fait docteur honoris causa de l’Université d’Athènes car, au « Désir de France » de ses hôtes grecs, il avait aussi su répondre par le « Désir de Grèce » qui anime tous les amoureux de la démocratie.

C’est donc l’un des leurs qui viendra enfin reposer parmi les grands hommes dont la Patrie des droits de l’homme a reconnu les mérites et les vertus.

Au fait, Zay, « Zoï » en grec, signifie … « la vie », comme l’avait déjà rappelé un autre grec, Costa Gavras, dans son célèbre film.

***

* Extrait de Jean Zay, « Souvenirs et Solitude »

** « Allez-y, me dit-il en souriant, ces jeunes gens ont le sang chaud », in « Souvenirs et Solitude »

*** Les universitaires grecs qui ont rappelé ces évènements mériteraient cent fois d’être invités par leurs homologues orléanais, surtout le jour où l’université d’Orléans prendra le nom de Jean Zay. Ce sont les professeurs Théodore Fortsakis, Nicos C. Alivizatos et Nokolas Manitakis.

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